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Accueil :: Culture :: Peut-on vouloir le désordre ? Peut-on vouloir le désordre ?
Formulée ainsi, la question nécessite, à mon avis, quelques éclaircissements.
Il me semble important de préciser les sens des termes utilisés, à savoir, pouvoir, vouloir et désordre.
Pouvoir peut se comprendre de manières différentes : de l'expression "avoir la possibilité de" jusqu'à la formule "avoir l'autorité ou la puissance de", en intercalant les notions "avoir le droit de", "avoir l'autorité de", "avoir l'audace ou le front de", "avoir le courage de". De toute évidence, il n'est pas ici question d'autorité, de puissance, d'audace ni de courage. Il convient plutôt de distinguer deux directions, la possibilité et le droit. La question peut donc devenir : "a-t-on la possibilité de vouloir le désordre ?" ou bien "a-t-on le droit de vouloir le désordre ?" Remarquons au passage que l'allemand possède deux verbes précis : "können" et "dürfen", le premier signifiant pouvoir dans les sens "être capable de" et le second pouvoir dans le sens "avoir l'autorisation de". La compréhension du verbe vouloir est également question d'interprétation : de "vouloir bien, consentir à", formule douce, à "être fermement décidé à", formule catégorique, en ajoutant les expressions "être résolu à", "aspirer à", "demander", "exiger". Il me semble opportun de privilégier les notions d'aspiration et de consentement aux notions de décision ou d'exigence. Ainsi devient-il sensé de reformuler la question comme suit : "peut-on aspirer au désordre ?" ou bien "peut-on consentir au désordre ?" Notons également que l'allemand dispose de deux verbes distincts "wollen" et "möchten", soit dans le premier cas vouloir au sens d'exiger et dans le second cas vouloir au sens de désirer. Le terme "Désordre" est plus subtil, plus délicat, plus complexe à définir. Tout comme les concepts de Bien et de Mal, de Beau et de Laid, le Désordre se définit en opposition et/ou en parallèle à l'Ordre. Posons l'Ordre comme organisation d'un Tout en ses Parties. Le Désordre est conséquemment la Non-organisation ou la Dés-organisation des Parties du Tout. La Non-organisation précède l'Ordre, La Dés-organisation succède à l'Ordre. Si l'Ordre est un arrangement ou une disposition, le Désordre devient alors une confusion ou une incohérence. L'Ordre entendu comme stabilité implique le Désordre entendu comme dissension. Nous développerons ultérieurement ces explications. Enfin, nous faut-il remarquer que le sujet n'énonce pas du désordre mais le Désordre. Il s'agit donc d'un concept et non d'une simple notion. Revenons maintenant aux quatre transpositions plausibles précédemment avancées : "A-t-on la possibilité de vouloir le Désordre ?", "A-t-on le droit de vouloir le Désordre ?", "Peut-on aspirer au Désordre ?" et enfin "Peut-on consentir au Désordre?". Il nous faut à présent réunir les expressions "remplaçantes" dans une ou plusieurs interrogations. L'esprit humain étant capable du pire comme du meilleur, il lui est évidemment possible d'aspirer au Désordre, mais en a-t-il le droit ? De même, si chacun d'entre nous a le droit de consentir à un certain désordre, lui est-il possible de consentir au Désordre ? Cette analyse amène deux questions : "a-t-on le droit d'aspirer au désordre ?" et " est-il possible de consentir au désordre ?". Pour aspirer à quelque chose, il faut en avoir envie, donc par conséquent la désirer. Consentir sous-entend accepter et pour accepter, il faut d'abord et avant tout concevoir. Ce qui nous donne les deux articulations fondamentales de la réflexion : "Est-ce possible de consentir au Désordre, donc a priori de le concevoir ?" et "A-t-on le droit d'aspirer au Désordre, donc a priori de le désirer ?". On peut imaginer le Désordre en deux temps : avant l'Ordre et après l'Ordre. Prenons le Cosmos comme représentant le Tout et supposons tous les éléments, quels qu'ils soient, qui le composent comme en étant les parties. Considérons l'Ordre comme étant l'organisation du Tout en ses parties. Qu'est-ce donc le Désordre ? Imaginons un puzzle. Toutes les pièces qui le composent sont à leur place, reliées les unes aux autres, agencées les unes avec les autres, organisées les unes par rapport aux autres. Elles sont ordonnées. Auparavant les pièces du puzzle étaient préexistantes mais non-organisées. Elles étaient désordonnées. Après un évènement quelconque, les pièces sont toutes ou en partie enlevées, voire abîmées, certaines peuvent même avoir disparues. Elles ne sont plus ordonnées. Dans le premier cas, toutes les pièces sont existantes mais il règne la Non-Organisation. Dans le second cas, des pièces peuvent être abîmées, déplacées ou même manquer et il règne alors la Désorganisation. Dans les deux cas de figure, le Désordre est présent. Examinons tout d'abord l'état de Non-Organisation. Cet état présuppose l'existence de toutes les pièces du puzzle. En conséquence, les éléments, qu'ils soient êtres, objets ou lois existent a priori. Seulement ils ne sont pas reliés, agencés, organisés, ordonnés. Qui ou quoi fait que chacun prenne sa place par rapport aux autres et en fonction des autres ? L'esprit humain est-il capable de comprendre ce désordre ? De plus, cette Non-Organisation est-elle vraiment un désordre ? Car si tous les éléments sont existants, cela suppose un plan, un projet, un but. De qui, pour qui ? De quoi, pour quoi ? Il est improbable que l'Homme puisse un jour saisir ce qu'est ce désordre, ou plutôt cet " ordre en gestation". D'autant que la question de ce qui était avant se pose. Rien ? Le Néant ? Cet « ordre en gestation » peut-il provenir du Néant ? Ou alors ce Néant était-il, ou est-il ( car, peut-être, il existe d'autres mondes en formation, d'autres « ordres en gestation » ) une Essence, une Idée, un Esprit, une Force, une Puissance, une Entité ? De plus, qu'est l'Homme dans cette création ? Est-il un moyen ou une fin ? Une erreur ? Sans doute ne le saura-t-on jamais ? Il est plutôt rassurant de penser que l'Etre Humain ne soit jamais apte à saisir l'énigme de sa création. Comment lui serait-il possible de consentir à ce qu'il ne peut concevoir, soit l'avant-création, la Non-Organisation ? Supposons maintenant l'état de Désorganisation. Cet état suppose un ordre pré-créé, préétabli, préexistant. Cet ordre n'est pas soudain, indestructible, irréversible. Imaginons une échelle. Chaque barreau représente une étape. Chaque étape est en soi un ordre précédent un désordre, l'étape suivante étant un désordre succédant à un ordre. Chaque organisation se désorganise pour se réorganiser à nouveau. Ces transformations sont progrès ou régressions. Tout dépend des facteurs de déclenchement. C'est un perpétuel mouvement. L'Ordre n'est jamais fixe, il est en permanence devenir. Le Désordre n'est jamais définitif, il est en permanence gestation. Le passé est le présent et le présent est l'avenir. Un événement déstabilise un ordre établi et de cette désorganisation s'opère un nouvel ordre. Les manifestations transformatrices de la Création constituent un perpétuel devenir. Ce qui apparaît est-il meilleur ou pire que ce qui disparaît ? L'Etre Humain n'a pas la faculté d'en juger. Le plan, si plan il y a, n'est pas à la dimension de l'entendement humain. De plus, si avant la Non-Organisation était le Néant, après la Désorganisation, définitive cette fois, la destruction, y-aura-t-il aussi le Néant ? Si l'Humain ne peut saisir le sens de la Désorganisation en soi, lui est-il alors possible de la vouloir ? Plus la science découvre, plus elle ignore. La complexité, ( ou la simplicité ? ) du plan initial est d'une dimension inconnue, à une échelle non-humaine. Si je schématise mon raisonnement, j'obtiens ceci : Le Néant _la Non-Organisation _l'Organisation _la Désorganisation _l'Organisation _la Désorganisation, ..., _ la Désorganisation totale _la Non-Organisation _le Néant. OU, en d'autres termes : Le Néant _le Désordre premier _l'Ordre A _le Désordre second _l'Ordre B _le Désordre troisième, ...,le Désordre final _ la Destruction progressive _ le Néant. En admettant que cette position soit acceptable, admissible, il me semble improbable que le plan soit un jour expliqué. Conséquemment le Désordre et l'Ordre, l'un étant dépendant de l'autre et inversement, sont humainement inconcevables à l'échelle universelle. Il est donc logiquement impossible d'y consentir. D'autant que l'un comme l'autre, le Désordre et l'Ordre, sont en perpétuel devenir, évolutif, en progrès ou en régression. Nous pouvons appréhender le désordre actuel, qui nous concerne, mais qu'en est-il de la désorganisation ou de la non-organisation à l'échelle de l'Univers ? Comment peut-on imaginer que le « créé » puisse saisir jamais le « créant » ? La dimension du temps passé, présent et futur est infinie et l'Humain me semble bien prétentieux, s'il estime possible de vouloir ce qu'il ne peut concevoir, à savoir le désordre au dimension universelle. Prenons à présent une société humaine comme représentant un ensemble inclus dans le Tout ( l'Univers ) et supposons tous les éléments, quels qu'ils soient, qui la composent, comme en étant les parties, celles-ci appartenant évidemment au Tout. Considérons la caractéristique principale de cette société comme étant un arrangement, une disposition, une organisation, un ordre établi de ses composants. Qu'est-ce donc le Désordre à l'échelle humaine ? L'Univers étant le Tout, les Humains ne peuvent que construire des mondes ( ensembles ) émanant du Tout, créés par eux et pour eux, en fonction du Tout environnant. Supposons les premiers Hommes en état de Non-Organisation. ( Il s'agit d'une supposition purement fictive et uniquement démonstrative. ) Ils sont préexistants donc par principe prédestinés à créer une organisation, un ordre. Cet ordre établi est alors évolutif, progrès ou régression. Suite à cet ordre premier s'ensuit la désorganisation, puis une nouvelle organisation. Mais rien n'est soudain et définitif. Et ainsi de suite ... Les premiers Hommes se sont probablement groupés pour survivre. La force vient du nombre. Ces groupes ont du s'organiser. Chaque membre a du communiquer avec l'autre, échanger avec l'autre, vivre à côté, par rapport et en fonction de son prochain. Le langage est né, l'échange s'est construit et les règles se sont mises en place. Bien entendu, tout ceci est très rapidement schématisé, le sujet n'est pas sur l'Evolution ! Le Tout étant en devenir, du Néant « primaire » au Néant « final » ( ou inversement ), il est progressif ou dégressif. L'Humain étant intégré au Tout, il ne peut pas créer un ordre définitif, le Tout étant incessante transformation. L'Etre Humain est en soi un Désordre perfectible et/ou un Ordre destructible. Les sociétés animales se construisent en s'adaptant à l'environnement. Les sociétés humaines également, à ceci près qu'elles sont susceptibles de modifier l'environnement, soit d'adapter l'environnement à elles. Pour cette raison, elles sont sources de désordre, à l'extérieur comme à l'intérieur d'elles-mêmes. Prenons une société humaine fondée sur la cueillette. D'abord les Humains ont migrés. Puis ils ont semés. Ils ont modifié leur environnement par le travail du sol et ils ont modifié leur comportement en devenant sédentaires. Ils ont désorganisé pour réorganiser. Ils ont consenti à une désorganisation, au désordre. Prenons pour autre exemple une dictature. La rigidité de ce système va pousser les Hommes à vouloir le désordre et ils vont finalement se donner les moyens d'organiser un ordre nouveau. Les sociétés humaines sont désorganisation d'un ordre ancien et organisation d'un ordre nouveau. L'Etre Humain ne peut qu'accepter le désordre, la désorganisation, étant lui-même désordre à l'échelle humaine, donc d'y consentir, par conséquent de le vouloir. Nous arrivons au deuxième axe de notre réflexion : « A-t-on le droit d'aspirer au désordre, donc a priori de le désirer ? ». Nous avons précédemment tenté de définir tant bien que mal, sans doute plutôt mal que bien, les concepts d'Ordre et de Désordre, en établissant les notions de Non-Organisation et de Désorganisation, au niveau universel et au niveau humain. Nous abordons la notion de droit, moral ou pratique. Si on se place sur le plan universel de la Non-Organisation, il me semble peu probable que l'Homme ait le droit d'aspirer à ce désordre. Comment pourrait-il désirer la Non-organisation d'un monde dont il ne connaît ni la conception, ni l'origine, ni la fin ? Qui plus est, comment pourrait-il désirer la Non-Organisation de ce qui existe, car il ne serait plus ? Il ne peut donc, moralement et pratiquement, pas aspirer à un tel désordre. Peut-on moralement désirer l'anéantissement du Tout et conséquemment aspirer à l'élimination d'une ou plusieurs des parties du Tout, en l'occurrence de l'Humanité elle-même ? Situons la réflexion au niveau universel de la Désorganisation. Sur ce point, la réponse est plus compliquée. Imaginons un cataclysme perturbateur à l'échelle planétaire, un météorite par exemple. Le système planétaire terrestre sera affecté, perturbé, désorienté, désorganisé, détruit peut-être. Ce facteur de désorganisation est terrible, effroyable, imprévisible sur le plan humain, maos qu'en est-il vraiment sur le plan universel ? Je ne sais si on est en droit de désirer ce désordre, mais, si on tient pour plausible que la vie soit née du chaos , chaos éventuellement engendré par un facteur perturbateur inconnu, on peut considérer avoir le droit d'aspirer à semblable chaos, ailleurs dans l'Univers, pour qu'une autre vie naisse. Le facteur perturbateur est autre, le chaos différent et la vie résultante inimaginable. Mieux vaut ne pas désirer un tel bouleversement pour notre planète, car de la Non-Organisation peut naître la destruction, puis le Néant. Observons une espèce d'oiseau, par exemple. Lors d'une longue période d'assèchement, ne survivront que les individus dotés d'un bec suffisamment solide pour creuser le sol dur et pour casser des graines sèches. Ces individus étant les seuls aptes à se reproduire, ils vont bien évidemment transmettre cette caractéristique morphologique à leurs descendants. De pareilles observations ont été faites sur des pinsons avant et après El Nino. Ceux-ci mieux armés, survivront à une sécheresse, mais imaginons un déluge. Ne survivront alors que des individus ayant une autre particularité morphologique, si infime soit-elle. Et ce schéma peut se reproduire à l'infini. Bien évidemment tout n'est pas aussi net dans la Nature, il existe des fluctuations dans le temps et dans le lieu. L'évolution est une adaptation de l'espèce, non pas de l'individu. Peu à peu, l'espèce atteint une sorte d'équilibre plus ou moins margé, susceptible de lui permettre de vaincre les situations difficiles. L'évolution est constante. Ce n'est pas nécessairement et au premier abord un progrès. L'espèce change. Ce changement peut s'étaler sur des siècles. Il est plus aisé de constater ces faits sur des oiseaux que sur l'Homme, car les générations se succèdent chez l'un plus vite que chez l'autre. Mais songeons à la disparition prouvée et progressive des dents de sagesse chez nos enfants, donc vos petits-enfants. Les premiers Hommes ne nous ressemblaient pas point par point. Ils n'en étaient pas moins des Hommes. Et nous-même, ne sommes nous Humains comme le seront nos descendants, si le Futur prévoit une suite à l'Humanité. Darwin a eu au moins le mérite de montrer que l'évolution est une conséquence de facteurs de désorganisation et surtout et avant tout que l'évolution est une question de temps. En ce sens, je pense que l'Homme est en droit d'aspirer au désordre, car de la désorganisation peut naître un être nouveau, un Ordre différent. Puis tout étant évolutif, tout est donc perfectible. Si la transformation nous semble être une régression, peut-être est-elle nécessaire ? Car, n'oublions jamais, que nous connaissons-nous vraiment du plan, si plan il y a. Comment le « créé » pourrait-il juger le « créant » ? Tout cela, bien sûr, ne sont que des « hypothèses ». Mais peut-être l'Homme n'est-il qu'une « hypothèse » ? Peut-être que la vie elle-même n'était qu'une « hypothèse » ? Peut-être y avait-il, ou y a-t-il eu d'autres possibilités ? Si on admet l'Homme comme étant une Fin, il ne peut aspirer à la Non-Organisation. Si on admet l'Homme comme étant un Moyen, il ne peut qu'aspire à la désorganisation. L'Etre Humain n'a pas le droit d'aspirer à l'état de Non-Organisation, car il ne peut avoir le droit de s'anéantir. Ce serait en contradiction avec l'essence même de son être. Mais il a le droit et même le devoir de désirer la Désorganisation, car seul ce qui change, évolue, et seul ce qui évolue peut s'améliorer. L'Humain ne peut qu'aspirer à une perfectibilité de lui-même, par conséquent il ne peut que vouloir des perturbations, même si cela comporte des risques. Qu'est-ce la Non-Organisation au niveau humain ? Si on replace l'humain en son état premier de Non-Organisation, on le suppose existant. Mais on ne sait rien, on ne peut rien affirmer, on ne peut rien prouver. Qu'était-il ? Qui était-il ? Nous ne sommes pas à même de concevoir vraiment telle ou telle suggestion plus ou moins tangible. La Non-Organisation nous ramènerait à quelconque état tellement différent, qu'il me semble peu probable que le droit de le désirer puisse seulement se supposer. Ce désordre premier n'était pas même l'amorce de l'humanité. Un retour à lui ne serait qu'une chute dans l'abîme de notre « gestation ». Pae contre, l'Humain peut supposer une Non-Organisation sur un plan totalement subjectif. L'intellect est tout à fait en droit d'imaginer une création. Il devient alors le « créant ». Sur le plan artistique ce peut-être très instructif, mais sur le plan scientifique ce peut devenir destructif. Attention à ne pas jouer les « apprenti-sorciers » pour de vrai, comme dirait un enfant. Supposons les éléments ( êtres, objets, lois ) matérialisés sous la forme de dés à jouer. L'esprit humain se saisit des dés, les relance et structure autre chose sur un plan imaginaire, subjectif, psychique. Remarquons qu'il ne sait pas toujours exactement ni ce qu'il fait, ni pourquoi il la fait. Tolkien a imaginé un monde avec les éléments de base donnés, organisant une Non-Organisation ( en s'inspirant de Wagner, lui-même puisant dans les légendes des « Nibelungen » ...). La Terre, le Ciel, l'Eau, la Vie ... étaient préexistants. Un peintre ( Dali par exemple ) peut tenté d'organiser un monde au travers une oeuvre. Il utilise aussi les éléments préexistants, la couleur, les formes ... mais il « tâtonne », cherche, se cherche, hésite, revient, repart ... Le « fou », à sa manière, structure également un monde bien à lui à partir d'éléments donnés, par lui-même, l'environnement, son passé ... L'imagination est une caractéristique humaine. Il existe le droit d'imaginer une organisation autre, théorique. Ce droit implique des risques, celui de la folie, par exemple, pour ne citer que celui-là. Mais laisser l'imaginaire agir n'est-ce pas un moyen propre à l'Homme de changer son moi-même et de modifier les capacités de son cerveau ? L'Humain est aussi, en plus de son enveloppe charnelle, et c'est cela justement qui fait de lui un Etre Humain, un cerveau, plus précisément un intellect. Il est un composé et un composant d'impressions, de sensations, de sentiments, d'actions, de notions, de visions ... Il est chair et esprit. Il est mémoire du passé et intention du futur. C'est son esprit, au sens cartésien et au sens freudien, qui fait ce qu'il est mais surtout qu'il «transcende » ce qu'il est. Remarquons par ailleurs que si l'esprit, au sens freudien, se mesure sur un plan individuel, au sens de Jung, il se conçoit en plus sur un plan collectif. Tout ceci nous amène à réfléchir sur ce qu'est le cerveau ? Est-il au départ Néant ou Non-Organisation ? Imaginons une bonbonne emplie d'eau dans laquelle flottent quelques bouchons de liège. Les éléments constitutifs sont existant. En plus, il y « flotte » quelques données issues de la mémoire collective ( sociabilité ...), du passé expérimental de l'espèce ( station debout ...) et de l'instinct ( survie ...). Alors le reste doit se construire. Le cerveau est au départ une Non-Organisation, celui des hommes comme celui des animaux, sauf que peut-être ces derniers ont plus de données au départ. Et c'est un stade de non-retour. On ne peut avoir le droit d'aspirer à cette Non-Organisation, car y songer est déjà en soi la preuve de l'impossibilité de la chose. Repensons les sociétés humaines, ensembles contenues dans le Tout, dont tous les éléments les composant en sont les parties. Nous avons constaté précédemment que la vie en groupe nécessitait la communication, l'échange et les règles. Chaque société humaine est, par la force des choses,, une disposition, un arrangement, une organisation, un ordre. Il est évidemment possible de renverser un régime, par exemple, maos a-t-on le droit d'aspirer au désordre, à la désorganisation sans prévoir la réorganisation ? A-t-on le droit de préférer la dissension à la stabilité, même fragile, d'un système ? Deux solutions se dessinent : soit on crée le désordre pour le désordre, on désorganise sans but ; soit on utilise le désordre comme moyen de réorganisation. Les sociétés modernes actuelles sont tellement institutionnalisées que l'individu ne s'y reconnaît pas. Il subit plus qu'il n'agit. Certains même ne comprennent lus le système. Ils sont marginalisés, par incapacité ou par rejet. L'économie est un système complexe que les Hommes ont beaucoup de mal à contrôler. De l'ordre qu'ils ont instauré est née une organisation qui se régule par elle-même. L'Homme se doit de contrôler les débordements pour éviter les catastrophes. Il a donc le droit de Désorganiser et de réorganiser le système, dans son tout ou dans ses parties, pour remédier à des problèmes. Malheureusement, il s'ensuit une sorte de réaction en chaîne. Ce qu'on transforme peut provoquer des bouleversements non voulus, qui sont remarqués et constatés souvent trop tard. Le système légal est tributaire des évolutions ethniques, éthiques, démographiques, sociales ... Certaines lois n'ont plus lieu d'être. D'autres sont à prévoir. Pensons à l'euthanasie, à l'éducation, au civisme, à la laïcité ... Sans cesse, la société se désorganise puis se réorganise, et les règles qui régissent notre vie doivent s'adapter. L'Etre Humain a le droit d'aspirer à ces changements. Il est en droit de vouloir la désorganisation d'un système. La Révolution Française, pour ne citer qu'elle, est, malgré toute son « excessif », la désorganisation d'un système dépassé, révolu. Mais, sur tous les plans, le désir, voire la volonté de désorganisation ne doit pas être sans but et sans raison, inutile, vaine et nulle. Le terrorisme est, à mon avis, un facteur de désorganisation qui n'a d'autre fin qu'instaurer le maximum de désordre, que tendre vers le chaos. Il ne construit rien, il détruit. Il ne propose rien, il oppose et/ou il impose. Il n'est moralement pas acceptable. Cette désorganisation n'est pas un droit et n'est pas de droit. C'est une usurpation de pouvoir. Il n'est qu'intimidation et terreur. Il est absolument et catégoriquement indigne de l'Homme. Mais l'Humain est Bien et Mal. Il est « Divin » et « Diable ». Néanmoins, je me surprends à espérer beaucoup de cet « animal bizarre », nu, debout, qui rit et qui pleure, si désarmé et pourtant si dangereux, capable du meilleur et du pore, et si petit face à l'Univers. Le Désordre et l'Ordre ne sont que des concepts abstraits, immatériels, inexistants. Comme le présent qui sitôt né est passé et futur, l'Ordre varie de Non-Organisation en Organisation puis de Désorganisation en Réorganisation. Rien n'est fini, tout évolue. Et dans l'infini universel, comme dans les limites humaines, les systèmes s'organisent, se désorganisent, s'organisent à nouveau, sans cesse transformations, infinie évolution. Mais si le temps ne se compte pas à l'échelle universelle ( ?? ), il n'en est pas de même à l'échelle humaine. Mais qu'est-ce le temps ? L'Humain ne peut éviter de penser Début et Fin, Ordre et Désordre, parce que percevant ses limites, il lui faut des repères. L'Univers ne connaît ni Ordre, nu Désordre, ni Début, ni Fin. Sans quoi il ne serait pas. Il serait Néant, négation de tout et du Tout. L'Univers est mouvement, dans l'espace comme dans le temps. L'homme peut, a le droit, peut-être même le devoir d'organiser théoriquement et pratiquement le monde dans lequel il évolue. S'il veut appréhender le « créant », au moins en partie, s'il veut utiliser la création le mieux possible, il lui faut élaborer des méthodes d'investigations et d'actions. Par exemple, modifier l'environnement, améliorer les conditions et les données afin de pouvoir assurer sa survie est une désorganisation de droit. Autre exemple, tenter de classifier, d'ordonner, de nommer en zoologie, en botanique ..., pour mieux comprendre, pour clarifier, est une organisation de droit. Ces actes, réfléchis et exécutés de façon compétente, ne sont pas néfastes ( enfin normalement ! ) L'Etre Humain est simultanément « Désordre » et « Ordre », « Désorganisation » et « Organisation ». Nous évoluons tout au long de notre existence. La question n'est pas de savoir si cette évolution est progression ou régression. Elle est et se suffit en cela même. En conclusion, je pense que l'Humain est capable de consentir, de vouloir, du désordre et qu'il a le droit d'aspirer, de vouloir, du désordre. Tout dépend des facteurs déterminant ce désordre et des intentions déterminant l'ordre suivant. Outre la capacité physique et la nécessité morale, l'Ordre et le Désordre sont des intentions issues du « libre-arbitre », car L'Homme a et est une mémoire du passé et une intention du futur. Achevée le 01/04/2004.
par Féline (12/05/2007) - 4730 mots Fruitymag, votre webzine libre de droit Découvrez d'autres articles : © 2008 Fruitymag
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